ARKEIS : Indiana Jones en mode thermoformage
Quand l’Égypte rencontre la machine à vapeur
2h du matin. Vous venez de finir le 4e scénario d’Arkeis. Votre archéologue a survécu de justesse à une momie particulièrement tenace, votre campement ressemble maintenant à un vrai QG d’expédition, et vous fixez le journal d’expédition avec cette question : « On enchaîne sur le prochain ? » Arkeis, c’est ce dungeon crawler narratif qui promet une aventure pulp à la Indiana Jones dans les ruines égyptiennes, avec un twist steampunk et un système accessible. Mais entre la promesse de la boîte et la réalité des parties, le désert cache-t-il des trésors ou des mirages ?
Conçu par le quatuor Antoine Bauza (7 Wonders), Corentin Lebrat, Ludovic Maublanc (Cyclades) et Théo Rivière, et magnifiquement illustré par Aurore Folny, ce jeu d’Ankama (2022) vous envoie explorer des tombeaux oubliés avec votre équipe d’explorateurs. Le pitch semble alléchant. La réalité l’est-elle autant ?
La fiche d’identité (la vraie)
| Critère | La réalité du terrain |
|---|---|
| Âge conseillé | 10 ans+ (malgré le 12+ de la boîte) |
| Durée | 1h à 2h30 par scénario (setup inclus ~5 min) |
| Type | Dungeon crawler narratif / Exploration coopérative |
| Config idéale | 3 à 4 joueurs (jouable 1-5) |
| Prix | ~60€ (version retail) |
| Campagne | 8 scénarios + mode libre |
| Complexité | 2/5 (Accessible) |
Le pitch en 30 secondes
Vous incarnez une équipe d’archéologues dans l’Égypte des années 1900, version steampunk. Votre mission : explorer des ruines modulaires, fouiller pour trouver des artefacts, affronter des créatures hostiles (momies, scorpions, cultistes), et percer les mystères d’une campagne narrative de 8 scénarios. Entre chaque mission, vous améliorez votre campement et vos personnages. Le but n’est pas de buter du monstre, mais de survivre et découvrir la vérité enfouie sous le sable.

Sous le capot (le gameplay)
Arkeis utilise un système épuré à l’extrême, presque déconcertant de simplicité pour un dungeon crawler :
- Chaque tour, vous révélez une carte événement (le « Destin ») qui dicte ce qui se passe : arrivée d’ennemis, activation des monstres présents, événements spéciaux.
- Vous jouez ensuite 2 actions parmi 4 choix : fouiller (piocher des cartes objet/événement), se déplacer (changer de salle), combattre (lancer un dé contre un ennemi sur votre fiche) ou soutenir (aider un coéquipier).
- Le combat ? Vous lancez un dé à 6 faces. Le résultat doit battre la valeur de défense de l’ennemi. Sinon, vous prenez des dégâts (égratignures) ou subissez du poison/trauma.
- Les ennemis ne se déplacent pas. Ils sont attachés à une fiche personnelle et vous suivent de salle en salle tant que vous ne les éliminez pas.
- Fin de mission : si vous survivez et remplissez l’objectif, c’est la phase de campement. Vous dépensez votre XP pour débloquer de nouvelles compétences, achetez des objets, améliorez votre base avec des stickers repositionnables.
Le journal d’expédition accompagne chaque scénario avec des textes narratifs riches qui donnent vie à l’univers. Vous cochez des cases, déverrouillez des passages secrets, prenez des décisions qui influencent la suite.

Pourquoi c’est bon (les points forts)
Un matériel généreux qui impressionne
Ouvrez la boîte cubique d’Arkeis et vous avez immédiatement l’impression d’en avoir pour votre argent. 50 figurines finement détaillées, 9 portes en 3D, 7 pièces modulaires, 9 plateaux recto-verso, 4 thermoformages empilables pour le rangement. Pour 60 euros, le rapport qualité-prix est excellent comparé au marché actuel. Le rangement est pensé, efficace, et le setup ne dure que 5 minutes. Un vrai bonheur pour les parents qui ne veulent pas passer 20 minutes à préparer avant de jouer.
Une direction artistique sublime
Les illustrations d’Aurore Folny sont magnifiques, colorées, détaillées. L’univers steampunk-pulp est cohérent et immersif. Les cartes, les plateaux, le journal d’expédition : tout respire l’aventure exotique. Les figurines, bien que non peintes, sont détaillées et variées. Visuellement, Arkeis est une claque.
Un système accessible et narratif
Arkeis ne se prend pas pour Gloomhaven. Les règles tiennent en 20 pages claires avec un prologue-tutoriel intégré. Vous pouvez expliquer le jeu en 10 minutes et lancer une partie immédiatement. La narration est le vrai moteur : chaque scénario raconte une histoire, avec des rebondissements, des choix à cocher dans le journal, des secrets à découvrir. C’est idéal pour les familles ou les joueurs qui veulent une aventure sans prise de tête mécanique. La progression de personnages (déblocage de compétences puissantes) et de campement (stickers repositionnables) donne une vraie sensation d’évolution.
Le grain de sable (ce qui fâche)
Le manque cruel de décisions significatives
Voici le défaut le plus criant d’Arkeis : vous n’avez presque aucun choix stratégique pendant les parties. Vous fouiller, vous combattez, vous avancez. Le hasard du dé dicte trop souvent le résultat. Les ennemis ne bougent pas, ils sont scotchés à votre fiche : pas de placement tactique, pas de zonage, pas de synergie spatiale. Certains joueurs ont comparé cela à un jeu de cheminement automatique où l’on avance de salle en salle en espérant que le dé soit clément. Pour un jeu d’archéologues, on s’attendait à des énigmes, des dilemmes moraux, des puzzles. À la place, on combat des scorpions. C’est frustrant.
Une rejouabilité proche de zéro
Une fois les 8 scénarios terminés (soit environ 15 à 20 heures de campagne), Arkeis n’a plus grand-chose à offrir. Le mode libre (dungeon crawler pur) existe, mais il est anecdotique et décevant : avancer de salle en salle en tapant du monstre sans narration. Certains avis le qualifient de « superflu ». Les extensions (comme Meema) apportent 1 personnage + 1 scénario pour 18 euros : le contenu est maigre pour le prix. Une fois l’histoire connue, difficile de revenir sur Arkeis, contrairement à d’autres dungeon crawlers modulaires.
Un équilibrage aléatoire et un manque de challenge
Le jeu repose beaucoup trop sur le hasard des dés et des piocages de cartes événement. Certains scénarios peuvent devenir triviaux ou injustement difficiles selon la pioche. Les joueurs experts trouvent la campagne trop facile, avec peu de challenge tactique. Les erreurs de règles s’accumulent aussi : certaines situations (plusieurs ennemis du même type, gestion des événements de début de tour) ne sont pas claires et génèrent des questions récurrentes sur les forums.
Le verdict LUDOSIGNAL
Foncez les yeux fermés si :
- Vous cherchez un dungeon crawler narratif et accessible pour toute la famille
- Vous adorez l’univers pulp/steampunk et les aventures à la Indiana Jones
- Vous voulez du beau matériel sans vous ruiner et un setup ultra-rapide
- Vous préférez l’immersion narrative aux décisions tactiques complexes
Passez votre chemin si :
- Vous attendez un jeu de décisions stratégiques profondes et de rejouabilité infinie
- Vous détestez le hasard omniprésent (dés, pioche de cartes)
- Vous cherchez un vrai défi tactique ou des mécaniques innovantes
- Vous avez déjà une collection de dungeon crawlers et voulez quelque chose de plus expert
Note globale
7/10
Arkeis est une aventure belle et généreuse, parfaite pour une soirée narrative en famille, mais qui laisse les joueurs experts sur leur faim. Une momie sympathique, pas une légende.
