Château Combo : le Tetris médiéval qui ne vous lâche plus
Neuf cartes pour un royaume
Vous savez ce moment où vous réalisez que votre grille 3×3 est une catastrophe stratégique, mais qu’il est trop tard pour tout défaire ? Château Combo, c’est exactement ça : neuf décisions, neuf emplacements, zéro droit à l’erreur. Grégory Grard et Mathieu Roussel (déjà responsables de Kameloot) reviennent avec un jeu de construction de tableau où chaque placement compte triple : pour l’effet immédiat, pour la position dans la grille, et pour le scoring final. Une mécanique ultra-simple qui cache un casse-tête d’optimisation redoutable.
La fiche d’identité (la vraie)
| Critère | La réalité du terrain |
|---|---|
| Âge conseillé | 10 ans+ (correct, accessible dès 9 ans pour les habitués) |
| Durée | 25 min annoncées, comptez 30-35 min avec le scoring |
| Type | Construction de tableau / Draft de cartes / Optimisation |
| Config idéale | 2 à 4 joueurs (5 possible mais plus long) |
| Prix | ~20€ |
| Éditeur | Catch Up Games |
Le pitch en 30 secondes
Vous incarnez un noble qui recrute neuf personnages uniques pour construire son tableau de cour. Chaque tour, vous choisissez une carte parmi six disponibles, payez son coût en or, profitez de son effet immédiat (récupérer des clés, de l’or, des bonus), puis la placez dans votre grille 3×3. À la fin, chaque carte score selon des conditions spécifiques (boucliers de couleur dans sa ligne, cartes adjacentes, types de bannières). Le joueur totalisant le plus de parchemins (points) remporte la partie.

Sous le capot (le gameplay)
Le flow est d’une simplicité chirurgicale :
- Vous commencez avec 15 pièces d’or et 2 clés
- Devant vous : deux rivières de trois cartes (Château et Village), séparées par un pion Messager
- Votre tour en trois temps :
- (Optionnel) Dépensez 1 clé pour déplacer le pion Messager ou renouveler une rivière
- Choisissez une carte dans la rivière du Messager, payez son coût
- Placez-la dans votre grille 3×3, activez son pouvoir immédiat
Les 78 cartes sont toutes uniques, avec :
- Un coût en or (0 à 7 pièces)
- Des boucliers de couleur (rouge, bleu, violet, orange, vert)
- Un effet immédiat : réduction de coût, gain d’or, gain de clés, bonus divers
- Une condition de scoring finale : « 3 points par bouclier rouge dans votre ligne », « 1 point par carte Château », « 4 points par paire de boucliers violet/orange »
Le dilemme constant : prendre une carte pour son scoring potentiel, pour son effet immédiat, ou pour bloquer un adversaire ? Dépenser une clé maintenant pour accéder à la carte parfaite, ou la garder pour plus tard ?
Pourquoi c’est bon (les points forts)
L’accessibilité démoniaque
Château Combo se déclenche en 3 minutes chrono. Les règles tiennent sur une page, les tours sont identiques du début à la fin. Mais cette simplicité cache une profondeur tactique satisfaisante : gérer son budget or, anticiper les synergies de boucliers, optimiser le placement spatial. C’est du gateway game avec de la substance, parfait pour initier des non-joueurs sans les infantiliser.
L’effet « une de plus ! »
Le jeu provoque une addiction immédiate. Chaque partie dure 25-30 minutes, se termine sur un décompte qui révèle vos erreurs (et vos coups de génie), et donne instantanément envie de refaire une manche pour « tester une autre stratégie ». La rejouabilité est dopée par les 78 cartes uniques qui renouvellent constamment les opportunités. On enchaîne facilement trois parties sans voir le temps passer.
Le format nomade parfait
Château Combo tient dans une boîte de la taille d’un roman de poche. Setup en 1 minute, rangement en 30 secondes, matériel solide (cartes toilées, jetons épais). Idéal pour le sac de vacances, les soirées impromptues, ou les pauses café au boulot. Bonus : disponible sur Board Game Arena pour tester gratuitement avant d’acheter.
Le grain de sable (ce qui fâche)
Le scoring qui rallonge la sauce
Voilà le défaut récurrent : le décompte final est laborieux. Chaque joueur doit calculer neuf cartes avec des conditions différentes (« Compte tes boucliers rouges dans cette ligne », « Multiplie tes paires violettes/oranges par 4 », « Additionne tes cartes Château »). À quatre ou cinq joueurs, comptez 5 à 7 minutes de calcul silencieux où tout le monde griffonne. Ça casse net le rythme addictif du jeu. Une app compagnon ou un mode de scoring simplifié aurait sauvé la mise.
L’interaction fantôme
L’interaction se limite au draft compétitif : piocher la carte que votre voisin convoite, ou dépenser une clé pour renouveler la rivière et lui pourrir ses plans. Pas de coups directs, pas de sabotage, pas de négociation. Si vous cherchez du clash verbal ou de la traîtrise assumée, passez votre chemin. C’est de l’optimisation en silo, chacun dans sa bulle.
La chance de la pioche
Certains diront « c’est équilibré », d’autres râleront sur la variance de la rivière. Parfois, les six cartes disponibles sont toutes hors-budget ou incompatibles avec votre tableau. Dépenser une clé pour renouveler et tomber sur pire est frustrant. Le jeu compense avec des stratégies multiples (scoring par couleur, par ligne, par type de carte), mais l’aléa reste présent.
Le verdict Ludosignal
Foncez les yeux fermés si :
- Vous cherchez un jeu familial+ accessible mais pas creux
- Vous aimez les optimisations de combos et les puzzles spatiaux
- Vous voulez un format compact pour enchaîner les parties
- Vous appréciez les jeux de construction de tableau type 7 Wonders ou Splendor
Passez votre chemin si :
- Vous détestez les scoring rallongés et calculatoires
- Vous exigez de l’interaction directe et du trash-talk
- Vous êtes allergique au hasard de pioche
- Vous cherchez un jeu solo (aucun mode prévu)
Note globale
7,5/10
Château Combo ne réinvente pas le donjon, mais il le construit avec une efficacité redoutable. Un excellent filler stratégique qui mérite sa place dans toute ludothèque.
