Dorfromantik le Duel : quand l’harmonie devient un champ de bataille
Le silence tactique de la campagne
Imaginez deux architectes paysagistes, assis face à face, recevant exactement les mêmes matériaux. Même tuile forêt. Même objectif village. Même rivière sinueuse. Et pourtant, au bout de 40 minutes, deux mondes radicalement différents émergent sur la table. L’un triomphe avec 120 points, l’autre stagne à 85. Dorfromantik le Duel transforme le zen du placement de tuiles en duel cérébral chirurgical. Pas de cris. Pas de traîtrise. Juste le crissement du carton et le poids de vos choix.
La fiche d’identité (la vraie)
| Critère | La réalité du terrain |
|---|---|
| Âge conseillé | 8 ans (mais jouable dès 7 en famille) |
| Durée | 40-50 minutes (setup inclus : 5 min) |
| Type | Eurogame / Placement de tuiles / Duplicate |
| Config idéale | 2 joueurs (ou 2v2 en équipe) |
| Prix | 40-50€ |
Le pitch en 30 secondes
Vous êtes un urbaniste pastoral. Votre mission : composer le paysage hexagonal le plus harmonieux en posant des tuiles forêt, prairie, village et rivière. Votre adversaire reçoit exactement les mêmes tuiles que vous. La différence ? Où et comment vous les placez. Validez des objectifs (une forêt de 8 tuiles, une rivière de 12 cases), encerclez des bâtiments, créez des longues chaînes. Le meilleur architecte gagne.

Sous le capot (le gameplay)
Le système repose sur un principe de duplicate parfait :
- Le joueur actif pioche une tuile hexagonale dans le thermoformage
- L’adversaire cherche la même tuile dans son propre stock
- Les deux posent simultanément (ou à tour de rôle) dans leur paysage respectif
- Certaines tuiles portent des jetons objectif (ex: « Créez une forêt de 6 hexagones minimum »)
- Quand un objectif est rempli, vous marquez des points et débloquez parfois des bonus
- La partie s’achève quand toutes les tuiles sont posées
- On totalise : objectifs validés, plus longue rivière/rail, encerclements, tuiles spéciales
Deux modules optionnels enrichissent le jeu de base : les cartes « Course aux objectifs » (premiers arrivés = bonus) et les tuiles Photographe (placement stratégique pour scorer des zones).
Pourquoi c’est bon (les points forts)
L’équité absolue du duplicate
Aucune excuse possible. Pas de « j’ai pioché de la merde ». Vous avez exactement les mêmes ressources que votre adversaire. La victoire est pure : c’est votre vision spatiale contre la sienne. Chaque défaite est une leçon d’optimisation. Chaque victoire, une validation chirurgicale.
La montée en puissance modulaire
Le jeu de base (tuiles + objectifs simples) se prend en main en 10 minutes. Les modules ajoutent progressivement de la profondeur tactique sans noyer le joueur. Les cartes Course créent une tension subtile (faut-il sacrifier son plan pour gratter 5 points avant l’autre ?). Les Photographes ajoutent une couche de scoring indirect. Résultat : un système de difficulté évolutif rare dans les jeux à deux.
L’élégance matérielle
Les tuiles sont épaisses, le thermoformage parfaitement pensé (séparation rouge/bleu), le bloc de score détaillé. Gigamic signe ici une édition soignée qui respecte l’esthétique bucolique du jeu vidéo original. Les illustrations de Paul Riebe capturent parfaitement cette atmosphère de maquette de train allemande. On veut construire un beau paysage.
Le grain de sable (ce qui fâche)
Le paradoxe du duplicate : l’interaction fantôme
Le problème central est structurel. Vous jouez techniquement « contre » quelqu’un, mais vous construisez dans votre coin. L’adversaire est un fantôme compétitif. Pas de blocage, pas de draft, pas de tension directe. Certaines parties ressemblent à deux solitaires chronométrés. Les modules atténuent ce défaut (la course aux objectifs crée une vraie rivalité), mais le cœur du jeu reste introverti.
La durée qui traîne en fin de partie
Les 15 dernières tuiles deviennent souvent de la gestion d’erreurs : « Comment limiter la casse avec ces trois prairies inutiles ? ». La phase de scoring est longue (6 catégories à additionner). Quand l’écart se creuse au-delà de 20 points vers le milieu de partie, la tension s’effondre. On finit par routine, sans suspense. Un système de concession aurait été bienvenu.
Le prix pour du carton
45€ pour essentiellement 157 tuiles cartonnées et des jetons, c’est le tarif Gigamic classique, mais ça pique. Pas de plateau, pas de figurines, pas d’app. Le contenu est fonctionnel mais austère. À ce tarif, on aurait apprécié un insert digne de ce nom (là, c’est un simple thermoformage) ou des tuiles en carton plus texturé.
Le verdict Ludosignal
Foncez les yeux fermés si :
- Vous cherchez un duel cérébral sans agressivité
- Vous aimez les puzzles spatiaux optimisables à l’infini
- Vous voulez un jeu à deux rejouable grâce aux modules
- Vous avez aimé le jeu vidéo Dorfromantik
Passez votre chemin si :
- Vous détestez les duels où on ne peut pas bloquer l’adversaire
- Vous trouvez le placement de tuiles répétitif
- Vous cherchez de l’interaction forte et du chaos
- 45€ pour du carton vous semble excessif
Note globale
7.5/10
Un duel d’architectes élégant mais trop poli pour devenir un classique incontournable.
