Les Druides d’Edora : le chef-d’œuvre cruel de Stefan Feld
Quand votre budget alimentaire dicte votre destin
Imaginez : vous tenez un 6 magnifique entre vos doigts. Ce dé peut écraser la concurrence, vous offrir le contrôle total d’un sanctuaire, déclencher une cascade de bonus… Sauf que ce bijou vous coûtera six unités de nourriture. Et vous en avez quatre. Bienvenue dans l’univers impitoyable des Druides d’Edora, où Stefan Feld transforme le simple lancer de dés en torture économique raffinée.
La fiche d’identité (la vraie)
| Critère | La réalité du terrain |
|---|---|
| Âge conseillé | 14 ans+ (réaliste pour joueurs habitués) |
| Durée | 90-120 min (setup 10 min + explication 20 min) |
| Type | Eurogame expert / Placement de dés / Optimisation |
| Config idéale | 3-4 joueurs (multijoueur solitaire à 2) |
| Prix | ~50-60€ |
Le pitch en 30 secondes
Vous incarnez un druide parcourant une forêt mystique composée de neuf tuiles modulaires. Vous lancez treize dés en début de partie (valeurs fixées définitivement), puis vous les placez un par un sur des sanctuaires pour activer des actions. Le piège diabolique : chaque dé coûte sa valeur exacte en provisions. Ériger des menhirs, récolter du gui, progresser sur dix pistes de scoring différentes… Le joueur le plus prestigieux l’emporte.

Sous le capot (le gameplay)
Le cœur du système repose sur une double taxation sadique :
- Phase 1 : vous vous déplacez de sanctuaire en sanctuaire via des chemins. Chaque déplacement coûte de la nourriture.
- Phase 2 : vous posez votre dé sur le sanctuaire. Vous payez sa valeur en nourriture. Un 6 ? Six provisions. Un 1 ? Une seule.
- Phase 3 : vous activez l’action du sanctuaire (construire, récolter, progresser sur une piste).
Les actions disponibles incluent :
- Ériger des menhirs et stèles qui déclenchent des effets en cascade
- Progresser sur la piste savoir (multiplicateur de fin de partie)
- Débloquer des herbes médicinales permanentes (avec choix cornélien : une sur deux seulement reste active)
- Brasser des potions pour des bonus immédiats puissants
- Compléter des amulettes et saisir des tablettes objectifs
Le génie réside dans les majorités tactiques : si deux dés occupent le même sanctuaire, le plus fort rafle deux points bonus. Voulez-vous dominer ou économiser ?

Pourquoi c’est bon (les points forts)
La mécanique de coût des dés est une révélation
Rarement un système de placement de dés aura été aussi tordu. Vous ne subissez pas le hasard : vous le financez. Cette tension permanente entre puissance et gestion de la pénurie crée un pain point exquis. Chaque tour devient un calcul d’arbitrage : être fort et pauvre, ou faible et liquide ? C’est du Feld pur jus, mais avec un twist inédit qui surprend même les vétérans.
Le plateau modulaire garantit une rejouabilité infinie
Les neuf tuiles de forêt se réarrangent à chaque partie, transformant la topographie du jeu. Fini les ouvertures scriptées du type « Tour 1, je vais toujours au nord ». Il faut lire le terrain, anticiper les goulots d’étranglement, repérer les sanctuaires clés. Cette variabilité structurelle s’ajoute aux dix pistes de scoring pour créer un bac à sable stratégique colossal.
Les combos en cascade provoquent des frissons cérébraux
Construire un menhir peut réactiver tous les menhirs précédents sous certaines conditions. Une action en déclenche une autre, qui débloque une ressource, qui finance une potion, qui active une piste… Les tours restent atomiques (une action = au suivant), ce qui maintient un rythme soutenu malgré la profondeur tactique. Pas de paralysie d’analyse : on joue, on optimise, on passe.
Le grain de sable (ce qui fâche)
Le livret de règles est une catastrophe ambulante
Alea récidive. Après des années de critiques sur la clarté de leurs manuels, l’éditeur nous livre un livret confus, mal structuré, avec des exemples insuffisants. Attendez-vous à consulter des FAQ en ligne ou à visionner des tutoriels YouTube avant de maîtriser le setup. C’est rageant pour un jeu à 60€.
Le multijoueur solitaire domine à deux joueurs
À deux, le plateau est si vaste que vous ne vous croisez jamais. L’interaction se limite à piocher des tuiles avant l’adversaire. Le jeu révèle son potentiel uniquement à 3-4 joueurs, où la bagarre pour les emplacements sur les sanctuaires devient féroce. À deux, c’est une course parallèle.
La gestion de la pénurie peut virer à l’asphyxie
Si vous gérez mal vos provisions dans les trois premiers tours, vous entrez dans une spirale de privation dont il est difficile de sortir. Le jeu ne pardonne aucune erreur budgétaire. Les joueurs allergiques à la tension économique permanente sortiront de table avec des sueurs froides.
Le verdict LUDOSIGNAL
Foncez les yeux fermés si :
- Vous adorez les eurogames exigeants où chaque décision compte
- Vous cherchez un système de dés innovant qui casse les codes
- Vous avez 3-4 joueurs réguliers et 2 heures devant vous
- Vous aimez les moteurs de points qui s’emboîtent comme des Lego
Passez votre chemin si :
- Vous voulez de l’interaction directe et de la baston frontale
- Vous jouez principalement à deux
- Vous détestez les manuels mal foutus et les recherches de règles en ligne
- La gestion de pénurie vous stresse plus qu’elle ne vous excite
Note globale
8.5/10
Un diamant brut emprisonné dans un écrin de carton mal imprimé : polissez-le vous-même, le festin stratégique en vaut la chandelle.
